Délégationde Seine-Saint-Denis

Quel avenir pour les Roms de La Courneuve et les autres ?

Intervention de Jean Etcheverria, président du Secours Catholique de Seine-Saint-Denis, devant les préfets, les élus et les représentants de diverses associations, le 20 octobre 2015.

Monsieur le Préfet de région, Préfet de Paris,
Messieurs les Préfets,
Mesdames et Messieurs les Élu-e-s,
Mesdames et Messieurs les Représentants de diverses associations caritatives,

Dans votre lettre d’invitation, vous nous indiquez que les campements illicites roms représentent un défi en matière d’ordre public et de cohésion nationale pour la société française et organisez à cet effet une conférence ce jour afin de débattre de l’élaboration d’une stratégie régionale adaptée au contexte et aux contraintes de l’Île-de-France.

Je voudrais vous rappeler que nombre d’associations humanitaires ont attiré l’attention des autorités depuis longtemps sur la situation des camps de Roms, en vous suggérant notamment de mettre en place des mesures efficaces dont je vous rappelle les principales :
- Prendre toutes les mesures utiles pour assurer aux enfants roms une égalité d’accès à l’éducation et à la culture en faisant notamment cesser sans délai les pratiques illégales de certaines mairies.
- Mettre un terme aux évacuations et expulsions forcées de terrains non assorties de solutions durables de relogement.
- Déployer des efforts particuliers afin d’assurer l’effectivité du droit à la prévention, aux soins et à la protection sociale de ces familles.
- Veiller tout particulièrement à lutter contre les violences des forces de l’ordre dont se plaignent en vain certaines de ces familles.
Mais tout cela semble-il est resté lettre morte.

L’évacuation récente du camp du Samaritain de La Courneuve a provoqué un profond écœurement chez les animateurs de ma délégation. Tout un travail de fourmi réalisé par l’équipe a été réduit à néant en moins de trois heures. Dois-je vous rappeler que ce camp était sédentarisé depuis plus de sept ans ? Les interventions diverses n’ont servi à rien, ni même celle de l’évêque du diocèse, qui dans un communiqué de presse se dit très préoccupé de la situation des Roms dans son département. L’ONU, par la voix de son haut-commissaire aux droits de l’homme, a dénoncé par communiqué de presse [1] la politique nationale systématique d’expulsions de force des Roms et a souligné que les événements de La Courneuve ne sont que les derniers d’une série d’expulsions forcées collectives de migrants roms en France depuis 2012. Le défenseur des droits Jacques Toubon a déploré qu’aucune solution pérenne d’hébergement, de prise en charge sanitaire et sociale n’ait été proposée aux familles et se dit par ailleurs très surpris par le caractère improvisé des conditions dans lesquelles l’évacuation semble s’être déroulée.

Je voudrais faire observer que la France a approuvé et s’est engagée à respecter la recommandation du Conseil de l’Union européenne du 9 décembre 2013 relative à des mesures efficaces d’intégration des Roms dans les États membres, qui stipule notamment qu’il faut :
- Veiller à ce que les évacuations forcées se fassent en pleine conformité avec le droit de l’Union ainsi qu’avec les autres obligations internationales en matière de droits de l’homme, telles que celles prévues par la Convention européenne des droits de l’homme.
- Associer les autorités régionales et locales et la société civile locale à l’élaboration, à la mise en œuvre et au suivi de leurs stratégies nationales.

Vous nous dites que cette conférence a pour objectif de débattre de l’élaboration d’une stratégie régionale adaptée au contexte et aux contraintes de l’Île-de-France. Il me semble indispensable de respecter le travail accompli par les associations et de réfléchir sur l’inclusion sociale, qui relève bien à mon sens d’un projet de société et d’un projet politique qui sont aujourd’hui tous deux à construire.

En novembre prochain la COP21 sur les changements climatiques se réunira au Bourget. Le pape nous rappelle dans son encyclique « Loué sois-tu » que cette question écologique ne peut être séparée d’une écologie intégrale qui prend en compte l’écologie humaine.

Comment en effet pourrions-nous accueillir cette conférence internationale sur le climat dans notre département en nous désintéressant de l’écologie humaine ? C’est aussi au nom de cette cohérence que je m’interroge : quel avenir pour ces Roms de La Courneuve et les autres ?

Je vous remercie de votre attention.

Intervention de Jean Etcheverria
Président de la délégation Seine-Saint-Denis du Secours Catholique-Caritas France
Le 20 octobre 2015

[1] En date du 11 septembre 2015.

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